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Cornouaille Écologie
Gauche sociale-démocrate cherche espace politique (désespérément)
Médiapart 30 janvier 2019
mis en ligne le 30/01/19 par Reunig Kozh

Le mouvement de Raphaël Glucksmann a tenu réunion mardi soir dans une salle parisienne. S’il est persuadé qu’une union des gauches situées dans un espace entre Mélenchon et Macron créera une dynamique pour les européennes, le rassemblement achoppe pour le moment, faute de ligne politique claire.

La file d’attente fait le tour du pâté de maisons, et la jauge de 1 500 places est déjà bien remplie. Ce mardi 29 janvier au soir, le rendez-vous parisien de la gauche unitaire organisé par le nouveau parti de Raphaël Glucksmann, Place publique, est un succès d’audience.

Il y a du beau monde à l’Élysée-Montmartre : la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo est venue passer une tête, comme le maire de Charleroi (Belgique) Paul Magnette. On aperçoit diverses nuances d’écolos : le centriste Jean-Luc Bennahmias, le retraité de la vie politique Noël Mamère et la documentariste Marie-Monique Robin. On trouve aussi diverses nuances de socialistes : l’ancienne députée « frondeuse » Barbara Romagnan, la porte-parole du PS Corinne Narassiguin, et les principales figures de Génération.s, à l’exception notable de Benoît Hamon. Seuls manquent à l’appel le Parti communiste (PCF) – un « problème d’organisation », dit-on à Place publique – et Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Sur scène, profs, associatifs, et même un « gilet jaune », se mélangent aux politiques plus aguerris. Appel à arrêter avec « l’absurdité » de la division à gauche, appel à s’unir contre « la barbarie populiste » qui fait son chemin en Europe et face au « danger mortel [de la crise climatique – ndlr] qui pèse sur notre destinée », appel à se montrer responsable « pour nos enfants »… C’est un peu long, on n’apprend pas grand-chose, mais les paroles font du bien à entendre pour l’assistance : « Je suis venu parce que j’ai envie qu’on soit ensemble : ça me réconforte, c’est aussi bête que ça », dit un participant, tote bag siglé « Place publique » (vendu 8 euros) sur l’épaule.

Le rassemblement : la martingale pour séduire les électeurs dépités par l’infini éparpillement de la gauche ? C’est le pari des initiateurs de Place publique. Le parti, lancé le 6 novembre par l’essayiste Raphaël Glucksmann, Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom, et l’économiste Thomas Porcher, est destiné à s’autodétruire une fois sa mission accomplie : mettre toute la gauche d’accord pour présenter une liste unique aux européennes. Dans l’hypothèse optimiste, elle pourrait rassembler le PCF, EELV, le PS et Génération.s. Un bloc de gauche susceptible de rivaliser avec La France insoumise (LFI), en somme.

Histoire de donner du crédit à leur intuition, les trois porte-parole rendaient publique, le 13 décembre, une « étude Ifop » affirmant que plus des deux tiers des « sympathisants de gauche » voulaient que « la gauche s’unisse en vue des élections ». Un sondage censé rendre visible la masse silencieuse de l’électorat de gauche. Et destiné à faire office d’argument massue pour convaincre les partis en présence de ranger leurs stratégies solitaires au placard (lire ici la notice détaillée, faisant état d’un sous-échantillon issu d’un panel de 944 électeurs, donc ayant une valeur scientifique proche du néant).

« Entre la “salvinisation” de l’Europe et le péril climatique, les gens voient bien qu’il y a urgence, constate Raphaël Glucksmann, qui revendique la « candeur » de la démarche. Mais alors même que tous les responsables politiques de gauche ont un discours tragique, leur attitude du “chacun pour soi” vire au comique. Mettons-nous à la place des électeurs : peut-on encore les obliger à voter Macron pour contrer Le Pen faute d’une offre crédible à gauche ? » Place publique a, il est vrai, quelques raisons de penser qu’une alternative unitaire, une « maison commune », pourrait trouver un écho dans un électorat lassé par les « guerres de chapelles » à gauche. Un électorat qui a vécu comme un dilemme cornélien le premier tour de la présidentielle – choisir entre Mélenchon et Hamon – et n’a pas davantage compris le déchirement entre La France insoumise et le PCF aux législatives de 2017.

« La dernière fois que la gauche s’est rassemblée, c’était en 2012 avec l’aventure du Front de gauche qui a capoté, observe le politologue Philippe Marlière, qui gravite depuis des années dans cet espace politique. Ensuite, Mélenchon a décidé de partir seul avec La France insoumise, et dès lors a émergé un discours pour tourner en dérision tout désir d’unité. Or aujourd’hui, Mélenchon arrive à la fin de sa séquence présidentielle, il est affaibli, sa stratégie populiste a du plomb dans l’aile. La proposition du rassemblement est à nouveau audible. »

De là à créer une dynamique politique, rien n’est moins sûr. Ce qui l’est en revanche, c’est que pour l’heure les partis en présence ne pèsent pas lourd individuellement, dans les intentions de vote comme en termes de dynamique politique. Si rien ne bouge, les voilà réduits à se partager les 15 % environ que représenterait encore aujourd’hui la gauche française, hors LFI. Dans ce contexte, atteindre les 5 % nécessaires pour avoir un élu au Parlement européen – voire les 3 % nécessaires pour se voir rembourser ses frais de campagne – relèverait du miracle. « Si tout le monde y va chacun dans son coin, ce sera la Bérézina », avertit Raphaël Glucksmann.

Alors, plus les sondages de la gauche éclatée sont mauvais, plus les espoirs de Place Publique sont grands : « Vous verrez, tout le monde va finir par sortir de son couloir. Même s’ils ne le savent pas encore, ils ne résisteront pas à leur base qui demande l’union », clame Raphaël Glucksmann, bien conscient des difficultés des uns et des autres : Génération·s qui peine à se structurer, le PCF qui se marginalise, le PS en grave crise interne… L’intellectuel médiatique, qui se donne deux mois pour réussir, pronostique même un coup de théâtre : attraper, au dernier moment, EELV, qui poursuit pourtant bille en tête sa stratégie solitaire (lire notre article).
Inventaire(s)

Reste que l’appel au rassemblement et le rejet du « populisme » d’un Jean-Luc Mélenchon ne font pas un programme. Sur quelles bases politiques réunir tout ce petit monde, qui va des communistes aux écologistes, en passant par les hamonistes et le PS ?

Dans son idée de privilégier ce qui rassemble et non ce qui divise, Place publique a présenté lundi dix « combats communs » conçus comme pouvant faire consensus. Parmi eux : « Faire passer l’écologie avant l’austérité », « suspendre le CETA », « bâtir une société respectueuse du vivant », « rendre le pouvoir aux citoyens et aux parlements », refuser les paradis fiscaux, « l’Europe des lobbys » et « les grandes coalitions avec la droite au Parlement européen », ou militer pour « une solidarité européenne » pour l’accueil des migrants. Une feuille de route assez floue pour ne fâcher personne… mais qui ne convainc pas encore tout le monde.

Surtout depuis que Place publique s’est ostensiblement rapproché du PS ces dernières semaines. Il faut dire qu’Olivier Faure, le nouveau patron du PS, joue gros aux européennes : sa place à la tête du parti. Cerné par ses adversaires internes – au premier rang desquels Stéphane Le Foll, l’ancien ministre de François Hollande qui attend son échec pour lui ravir son poste –, le premier secrétaire a trouvé pour seul salut les alliances à l’extérieur. Et il ne manque pas de zèle : présent à toutes les réunions organisées par Place publique, il multiplie les appels du pied et les sorties dans la presse.

Un pas de deux qui ne plaît que très moyennement aux récents transfuges socialistes de Génération·s, qui font mine d’hésiter encore à s’associer à la démarche de Place publique. « Glucksmann fait une erreur, il aurait dû d’abord se rapprocher de nous, dit un proche de Benoît Hamon. Il croit qu’il peut mettre la main sur l’appareil socialiste, ses réseaux encore fournis, ses financements… Mais on a éprouvé pendant la présidentielle les méthodes de ce parti : c’est le PS qui va bouffer Glucksmann, pas l’inverse ! » Guillaume Balas, eurodéputé sortant de Génération·s, souligne en outre les divergences avec son ancien parti sur la question européenne : « Peut-on raisonnablement faire campagne avec un parti qui ne siégera pas dans le même groupe que nous au Parlement européen ? Qui n’aura pas le même “Spitzenkandidat” (candidat à la commission, ndlr) ? Qui continue d’avoir Hollande en embuscade ? » Puis de paraphraser Engels : « On nous dit que le PS a changé ; la meilleure preuve du pudding, c’est qu’on le mange. »

Heureux hasard du calendrier, lundi soir, veille du meeting à l’Élysée-Montmartre, Olivier Faure dressait justement, au nouveau siège d’Ivry-sur-Seine, un « inventaire » sévère du quinquennat Hollande. Reprochant à son ancien mentor son manque de vision, la dérive libérale de sa « politique de l’offre », la « trahison » de la déchéance de la nationalité et de la loi sur le travail. Manière de dire qu’il avait tourné la page et que d’autres aventures devaient désormais s’offrir au parti de Jaurès.

Un gage donné à Place publique ? « Oui, ça y ressemble ! », grince Stéphane Le Foll, qui voit d’un très mauvais œil les velléités d’union de son premier secrétaire. « On peut faire le rassemblement, mais sur quelle ligne ? Avec quelle tête de liste ?, poursuit l’instigateur de l’éphémère et évanescent “Hé oh la gauche !” destiné en 2016 à porter la réélection de Hollande. Quel est notre projet commun sur l’Europe ? Olivier Faure reproche à Hollande de n’avoir pas eu de vision, mais quelle est la sienne ? Quant à Place publique, qui sont-ils ? La recomposition d’une gauche capable d’accéder au pouvoir, ça nécessite un corpus idéologique sérieux, pas des appels à l’unité sur tout et n’importe quoi. »

À l’Élysée-Montmartre, Paul Magnette monte sur la scène pour faire la conclusion, réveillant une salle désormais clairsemée, où l’on patiente debout depuis trois heures. « Magnette ferait une bonne tête de liste », fait remarquer une participante. Une autre : « Je crois plutôt que Claire Nouvian serait excellente. » La responsable associative n’en est pas là. La veille, lors d’une conférence de presse, elle confiait : « Vous savez, notre stratégie pour faire l’union est simple : on essaiera, on essaiera et au pire, on passera pour des clampins. »

Voir en ligne : https://www.mediapart.fr/journal/fr...

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