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Cornouaille Écologie
Jean-Hervé Caugant. Biologique de synthèse
Le Télégramme 13 mai 2019
mis en ligne le 13/05/19 par Reunig Kozh


Depuis avril et pour la première fois de son histoire, la Chambre d’agriculture du Finistère est présidée par un agriculteur bio. Jean-Hervé Caugant, éleveur laitier dinéaultais de 55 ans passé de l’agriculture conventionnelle à la bio dès 1999, n’en tire pas de fierté particulière. Pour ce cultivateur de paradoxes, hors de question de privilégier un mode de production plutôt qu’un autre, dans ses actes comme dans son discours.

Assis dans sa véranda, Jean-Hervé Caugant feuillette frénétiquement une pile de journaux posée sur la table. « Je commence toujours par les sports. Ils ont fait un sacré match, Rennes, contre Paris ! », s’exclame-t-il d’un ton jovial, avant d’être coupé, comme souvent, par la sonnerie de son téléphone portable. Pour l’éleveur laitier dinéaultais, lire le journal chaque matin n’est plus chose très aisée, depuis qu’il a pris la tête de la chambre d’agriculture du Finistère, en mars dernier, en lieu et place d’André Sergent.

La traite du matin, c’est mon moment préféré. Il est 7 h, t’as pas le téléphone, tu es avec tes vaches, tu vois si leurs mamelles sont pleines. C’est là que se fait le lien avec ton élevage.

D’autant qu’au moment du réveil, la lecture n’est pas sa priorité. « Je suis installé en Gaec avec mon fils de 29 ans et c’est plutôt lui le chef à la ferme en ce moment. Mais la traite des vaches le matin, c’est pour moi. C’est la condition pour que je sois toujours paysan », clame-t-il. Ses petits yeux rieurs s’illuminent : « La traite du matin, c’est mon moment préféré. Il est 7 h, t’as pas le téléphone, tu es avec tes vaches, tu vois si leurs mamelles sont pleines. C’est là que se fait le lien avec ton élevage ».

Né dans une famille d’agriculteurs il y a 55 ans, Jean-Hervé Caugant a développé ce goût pour la traite très tôt. « J’avais 10 ans lorsque j’ai trait 50 vaches pour la première fois », raconte-t-il. « Quelque part, on naît paysan. La fibre, on l’a ou on ne l’a pas. Moi, je l’ai ressenti tout jeune ».

« L’épisode de la vache folle »

Il est encore jeune, d’ailleurs, seulement 17 ans, lorsqu’il commence à travailler sur l’exploitation familiale au côté de son père. Il en a le double quand, une fois à son compte, il décide de se convertir à l’agriculture biologique. « Pourquoi ? C’est difficile à dire. Il y avait des challenges techniques, environnementaux et économiques. On avait sans doute atteint les limites de ce que l’on faisait sur notre ferme », explique celui dont les quelque 180 animaux produisent 650 000 litres de lait par an. « L’épisode de la vache folle m’avait marqué, c’est vrai aussi. Il y avait des images terribles, matraquées à la télé. Je trouvais terrible qu’à son insu, l’agriculture puisse intoxiquer les gens ».

Toutes les formes d’agriculture peuvent servir à atténuer le changement climatique.

Hors de question pour lui, néanmoins, de taper sur l’agriculture conventionnelle, très bien représentée dans le syndicat dont il est membre, la FDSEA. « Elle n’a jamais autant avancé qu’aujourd’hui en termes d’agroécologie », salue celui qui ne se met « pas sur un piédestal » parce qu’il fait du lait bio. Sur la question du glyphosate, cet amateur de petite reine et de ballon rond botte un peu en touche. Ni pour, ni contre, bien au contraire. « L’usage qu’en fait l’agriculture française est très modéré en comparaison avec d’autres pays », justifie-t-il. Déterminé à montrer que « toutes les formes d’agriculture peuvent servir à atténuer le changement climatique », il refuse d’être considéré comme écolo. « Le terme a été bien trop galvaudé », balaie-t-il, référence aux associations antispécistes qui tapent sur sa profession.

Dans le monde de l’agriculture biologique, cette manière de ménager la chèvre et le chou fait grincer quelques dents. « Certains se demandent si je suis mâle ou femelle », plaisante l’éleveur. Élu à la chambre depuis 2013, Jean-Hervé Caugant a appris à faire face aux critiques. À enrober son discours, aussi, lui, le gars « punchy » qui revendique son goût pour « aller au charbon » face aux élus ou autres représentants de l’État.

En 2016, il a dû manier la communication de crise, au moment du mini-scandale lié à un onéreux voyage de travail organisé en Afrique du Sud, en pleine crise agricole, en partie aux frais de la chambre. « C’est certainement le moment le plus pénible que j’ai eu à traverser, oui. On n’a sans doute pas suffisamment communiqué mais il y a eu beaucoup d’intox en face aussi. On n’y était pas en vacances ! Le but, c’était vraiment de voir d’autres façons de travailler ».

Le président de la chambre ne fixe pas le prix du lait ou du cochon.

Très au fait des innovations dans le monde agricole, il assure vouloir promouvoir cet esprit de découverte et de concertation pour permettre aux agriculteurs de dégager plus de revenus. Il rappelle que « le président de la chambre ne fixe pas le prix du cochon ou du lait », même s’il sait que ça ne l’exonérera pas de futurs reproches. « Je ressens un peu d’appréhension », admet-il, même si l’on devine la satisfaction bien légitime de représenter sa profession, chez ce « paysan et fier de l’être ». Durant un mandat, sans doute pas deux. « À la fin de celui-ci, j’aurai déjà 61 ans, ça me fera 44 années de travail. Peut-être qu’on ira faire de l’humanitaire sur d’autres continents avec ma femme », projette-t-il. « Ou du bénévolat agricole ». On ne se refait pas quand on naît paysan.

Voir en ligne : https://www.letelegramme.fr/bretagn...

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